Tour du Monde de la littérature étrangère…


Pour bourlinguer sans partir, se remémorer les sensations d’un voyage ou découvrir un pays en même temps que ses auteurs, voilà mon tour du monde tout à fait subjectif de la littérature étrangère contemporaine.

 

Partir aux Etats-Unis

Richard Powers, Le temps où nous chantions (10/18)

Le récit sur 50 ans d’une famille totalement atypique, sur fond d’histoire américaine : entre un père exilé juif-allemand et une mère afro-américaine, tous deux passionnés de musique, les trois enfants feront la découverte de la différence, du racisme, de la tolérance, de la peur et de la passion. Un pavé, certes, mais un univers d’une densité et d’une richesse profondes, par l’une des grandes voix de la littérature américaine contemporaine.

 

Partir à New-York

Herbert Lieberman, Necropolis (Points Policier – Seuil)

Pas le plus récent des romans se déroulant dans la grosse Pomme, certes, mais certainement le plus révélateur de la ville dans les années 70. Un roman noir dont le personnage central est la morgue de New-York et son médecin légiste atrabilaire. Un lieu où convergent la violence, les obsessions, la mesquinerie et les faiblesses d’une ville sous tension permanente. Oppressant et obsédant. Noir, terriblement noir. Mais fascinant.

 

Partir au Brésil (à Salvador de Bahia)

Jorge Amado, Dona Flor et ses deux maris (Stock / à paraître en poche chez J’ai Lu en juin 2012)

Trois personnages principaux constituent la trame de ce roman totalement baroque : Dona Flor, une jeune femme au caractère bien trempé, magnifique personnage féminin. La cuisine brésilienne, détaillée au fil des cours de cuisine dispensés par l’héroïne. Et Bahia, la ville du carnaval et de la danse, des fantômes et des commères, du jeu et des femmes, de l’amour et de la mort. Un récit tourbillonnant.

 

Partir à Cuba

Leonardo Padura, Electre à la Havane (Métailié)

Electre à la Havane est le plus poignant des 4 romans du cycle « Quatre saisons », construit autour de Mario Condé, un inspecteur de police désabusé dont les enquêtes sont prétextes à quelques balades dans la Havane, ses bars clandestins et son rhum frelaté, ses habitants débrouillards et optimistes malgré tout. Electre… met en lumière la répression contre les homosexuels et la chape de plomb qui a régné sur la culture cubaine, étouffant de nombreux écrivains, comédiens et metteurs en scène. L’anti-Guide du Routard, pour comprendre l’envers du décor et les années « spéciales » traversées par les Cubains.

 

Partir au Japon

Le classique :

Junichirô Tanizaki, Quatre Sœurs (Folio)

1000 pages de petits riens du quotidien d’une famille et de ses quatre filles, dans le Japon l’entre-deux guerres. Quatre personnages aux caractères et destins bien différents, pris malgré tout dans les filets d’une société lourdement codifiée. La découverte des traditions japonaises et de leur poids, des cerisiers en fleurs, de l’esthétique. LE roman qu’il faut prendre le temps de lire, lentement, pour comprendre ce qu’est aujourd’hui ce pays (c’est LE roman qui m’a donné envie d’y aller).

 

Le contemporain

Haruki Murakami, Kafka sur le rivage (Points Seuil)

Tout commence comme un roman « normal », dans les pas d’un adolescent de Tokyo décidé à fuguer. Et on bascule petit à petit dans l’univers étrange de Murakami où les héros se prénomment Kafka, où Johnny Walker existe, et dans lequel les chats parlent. C’est poétique, fantastique parfois, absurde par moments, drôle et touchant. Comme le Japon.

 

Le manga

Jiro Taniguchi, Le gourmet solitaire (Casterman)

Un manga particulier : pas d’action, uniquement de la cuisine et des plats qui font saliver ! Dans de très courts chapitres à la trame identique, un homme d’affaire qui déambule dans un quartier populaire décide de découvrir les spécialités locales dans des restos, des bouis-bouis, des gares, des marchés… Il raconte les saveurs, les endroits, ses voisins de table et les souvenirs que la nourriture lui évoque. Le meilleur guide qui soit sur la cuisine japonaise !

 

Partir en Afrique du Sud

Deon Meyer, Lemmer l’invisible (Points Policier, Seuil)

En plus d’être de très bons polars, les romans de Deon Meyer montrent une Afrique du Sud encore meurtrie par l’Apartheid et ses stigmates. Racisme latent, peurs, effets pervers de la discrimination positive, la reconstruction de la société sud-africaine ne se fait pas sans mal ni sans douleur. Une mention spéciale pour Lemmer l’invisible, le détective-garde du corps un peu looser mais attachant, qui se retrouve au coeur d’une sale histoire impliquant pêle-mêle l’armée et les amoureux de la faune.

(Très bons aussi : 13 heures, Les Soldats de l’Aube, A la trace)

 

Partir au Mali

Erik Orsenna, Madame Bâ (Le livre de Poche)

Bon, d’accord, il s’agit d’un livre écrit par un auteur français, mais quel livre !

Madame Bâ est malienne et demande la nationalité française. Mais le formulaire à remplir est décidément très mal fait : il ne laisse que deux lignes pour répondre à chacune des questions, ce qui est bien trop peu au goût de Madame Bâ. Aussi, chacune des questions va faire l’objet d’un chapitre, qui nous fait voyager au cœur de l’Afrique des villages, de la condition des femmes, des espoirs des jeunes, du conflit entre traditions et modernité… Un grand, grand récit plein d’humanisme et d’humour.

 

Partir en Ukraine

Andreï Kourkov, Le Pingouin (Points Seuil)

En Ukraine, après l’effondrement de l’Union soviétique c’est la dèche totale. Le zoo en faillite n’a plus les moyens de garder ses animaux et finit par les donner. Victor, journaliste au chômage, se retrouve ainsi avec un pingouin dépressif dans sa baignoire, qu’il doit nourrir et rafraichir. Loufoque et mélancolique, une drôle de roman tragi-comique !

 

Partir en Inde du Sud

Arundhati Roy, Le dieu des petits riens (Folio)

Une histoire d’enfance terriblement douloureuse au pays des castes. Roman d’amour, roman sur le traumatisme et la survie. Mais aussi un magnifique livre pour découvrir l’Inde et ses contradictions, le Kerala et ses odeurs, sa chaleur, son humidité. Pour un premier roman, c’est un véritable coup de maître, poétique et totalement envoutant (qui a d’ailleurs reçu le Booker Prize à sa parution en 1997).

 

Partir en Inde du Nord

Inderjit Badhwar, La chambre des parfums (Le Livre de Poche)

Plusieurs thèmes forts traversent ce livre semi-autobiographique : la relation au père, poignante ; l’exil et les tiraillements d’un double culture ; la religion dans un pays en mouvement vers la modernité mais encore emprunt de lourdes traditions. Et comme c’est l’Inde, les couleurs et les odeurs traversent les pages de ce beau roman.

 

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