L’amour ou la phobie


Un an. Cela faisait un an que Steve et moi communiquions par Internet. Ah ! le miracle de la technologie. Moi qui étais très sceptique à propos des sites de rencontres, j’étais complètement addict. Mieux, je venais d’y rencontrer l’homme parfait. J’avais bien conscience de toutes ces histoires de faux profils, c’est pourquoi j’ai longtemps marché sur des œufs avec lui. Du fin fond de son Washington natal il l’avait bien compris, et s’était efforcé de me rassurer en montrant pattes blanches. Résultat : notre rencontre « en vrai » était imminente. Seulement voilà, avec ses contraintes professionnelles, difficile pour lui de venir me rendre visite. A moi donc de prendre mes billets et de partir le rejoindre. Simple ? Pas vraiment…

 

Sclérosée par une phobie grandissante de l’avion, je suis quand même fière de pouvoir raconter que, dans ma tendre enfance, j’ai fait Saint-Etienne-Paris et Paris-Rome. Mais là, mon cerveau d’adulte effarouché avait du mal à accepter l’idée de passer plus de sept heures dans un avion. Soit le temps d’une journée de travail à rester assise au-dessus de l’océan… En voilà une idée qui ne m’enchantait pas, mais alors pas du tout.

 

« Prends des cachets pour dormir, ça va passer comme une lettre à la Poste » me conseillait ma meilleure amie. Déjà que j’ai peur, si je dois en plus être seule et inconsciente, voilà une idée qui ne m’aidait pas franchement à me détendre. Je me suis rapidement rendue compte qu’il ne servait évidemment à rien de parler de ma phobie autour de moi, car le bon vieux « mais l’avion est le moyen de transport le plus sûr » me revenait sans cesse aux oreilles.

 

Il me fallait choisir entre l’amour et la phobie. En somme, prendre le contrôle de ma vie ou laisser une peur décider pour moi de mon avenir. C’est la petite fille à l’intérieur de moi qui m’a convaincue. Elle qui était aventurière et curieuse m’a fait monter dans cet avion.

 

7H45, c’est le temps de trajet Paris-Washington. 7H45 durant lesquelles je n’ai pas lâché mes accoudoirs, il doit encore y avoir la trace de mes ongles enfoncés dans le cuir. La tête calée dans mon coussin de voyage, j’ai fixé le petit écran devant moi pendant l’intégralité du vol, avec régulièrement de discrètes larmes qui coulaient le long de mes joues. Bref, 7H45 que j’ai déjà oubliées. Car arrivée à l’aéroport de Washington Dulles, Steve était là. Exactement comme prévu. Exactement comme sur les photos.

Je n’avais pas pris de billet retour. Il fallait que je me remette de mes émotions… Et que je profite de Steve!

 

Steve fut parfait mais le retour à Paris finit par s’imposer. La distance a malheureusement eu raison de notre belle relation mais je ne regrette rien, c’était il y a des années et le temps a passé. Les petits défis que la vie nous impose nous font parfois sauter quelques verrous et même si ma fréquence cardiaque reste un peu élevée lorsque je prends l’avion, je suis désormais en mesure de le faire.. de temps en temps.. lorsque prendre le bateau serait insurmontable.

 

A bientôt les travelers !

 

 

Laissez un commentaire