Décidemment, je n’ai pas la côte avec le rail…


Début de semaine, Gare Montparnasse à Paris, nous embarquons mon boardcase et moi à bord du TGV 3452 à destination de Bordeaux.
1er arrêt Saint-Pierre-des-Corps, 2e arrêt Chatellerault.. jusque là, rien de plus banal… Je me dis tout de même que pour le même prix, j’aurais pu prendre un direct. C’est sur cette pensée que je m’endors, mi-contrie mi-blasée.

 

Un moment plus tard… Je lève un oeil, combien de temps ai-je dormi ? Pas très longtemps puisque nous sommes à l’arrêt à Poitiers.
A l’arrêt à Poitiers depuis quelques minutes d’ailleurs. Tiens ma voisine de siège est descendue. J’ouvre le 2e oeil et je réalise que tous les passagers de la rame sont en fait descendus. Il n’y a plus personne en dehors d’une hôtesse qui fait descendre un vieil aveugle sur les voies.
En un 10e de seconde, on se dit : 1. « mhh ça cloche… 2. « Peut-être que je suis la seule de la rame à poursuivre jusqu’à Bordeaux » 3. « non.. ça cloche.. ».

 

De plus, ça fait trop longtemps qu’on est à l’arrêt. Je bondis hors du siège, enjambe mon ordinateur, mon sac à main, ma veste, mon pull et je me jette sur l’aveugle. « Pardon Mademoiselle, ce train est bien à destination de Bordeaux n’est-ce pas ? » La jeune fille de me répondre « le train de devant oui, mais celui-ci reste à quai Madame ». Je lis dans son regard toute la condescendance de celle dont le job est bien de me renseigner mais qui finit sa journée après l’aveugle. « Mais là, c’est trop tard Madame, à moins que vous courriez à la vitesse du son, il va partir ». Tu vas voir si « la dame » court petite insolente acnéique.. Je reviens sur mes pas, fourre tout en vrac dans mon sac à main et mes poches. Les fils de mes écouteurs pendouillant le long de ma jambe, je me lance dans une course contre la montre, saute du train, trace le long des voies, dépasse l’aveugle, et me faufile in extrémis dans la seule porte d’accès encore ouverte, la voiture bar et son accès chargement. OUFFFF.. plus que toutes les rames à remonter jusqu’à la voiture 7 mais au moins je suis dedans.

 

Je trouve finalement une place irradiée par le soleil, pose mes affaires et reprend mon souffle. Dans un éclair de lucidité, je me souviens enfin que j’avais bien acheté un billet pour un direct..point que le contrôleur finit de m’expliquer gentiment et sans me faire payer de supplément : « en fait, il y avait 2 trains à 16h17 à destination de Bordeaux, l’un voie 2, qui s’arrête partout et dont seul le wagon avant va jusqu’à Bordeaux et le train en voie 3 qui était un direct Paris-Bordeaux. Vous êtes montée voie 2 et voilà tout. »

 

Voilà tout.. plus que 2h de tchoutchou via Limoges, Angoulêmes, Libourne et autres gares tout à fait pittoresques de notre patrimoine férroviaire et je suis enfin à Bordeaux Saint Jean – Terminus de ce train.

 

Ce n’est pas faute de faire le trajet une demi-douzaine de fois dans l’année, je n’ai donc aucune autre excuse que mon étourderie et mon – visiblement pour certains – grand âge. Il faut dire que je fête mes 30 ans dans quelques semaines.

 

Sans rancune.. au retour, j’ouvrirai bien les yeux.

 

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